Moutons et océans

La mer moutonne, c’est bien connu ! Et nous sommes les seules à valoriser la laine des agneaux de prés-salés normands. Deux liens forts au littoral.

Mais notre implication maritime ne s’arrête pas là, car notre laine milite activement contre la pollution  des eaux. Voici comment :

Avez-vous déjà entendu parler des microplastiques textiles ?

Il s’agit des microfibres qui constituent les textiles synthétiques tels le polyester, l’acrylique, le polyamide,…  Ces fibres sont des dérivés du pétrole et constituent 65% de la garde-robe mondiale ! La consommation est inégale : les Européens consomment 22 kg de ces fibres par an, 35 kg par an en Amérique du Nord et 5 kg en Afrique. L’approche « jetable » des vêtements de qualité médiocre, aux collections souvent renouvelées, en est responsable. Cette fast-fashion endossait déjà un sale rôle en termes d’éthique du travail et de pollution pour la confectionner. On peut désormais lui imputer une grande part dans la responsabilité de la pollution des mers, plus invisible donc plus sournoise qu’un sac plastique ou un coton-tige.

Comment les microfibres synthétiques se retrouvent-elles dans la mer ?

Par leur lavage ! Chaque passage en machine à laver,  concilié au choix du programme et du détergent, dégrade ces fibres de qualité médiocre. Ce qui explique pourquoi un t-shirt à 4,99 € ne ressemble plus à rien au bout de 3 lavages et qu’on le jette.

Dans le cycle du retraitement de l’eau, ces microparticules échappent à tous les barrages : après le passage en station d’épuration, elles s’agglomèrent dans les « boues d’épandage » utilisées comme engrais agricole. On les y retrouve 15 ans plus tard. A moins qu’elles n’aient été lessivées, et ruisselé jusqu’aux rivières et océans, où elles seront ingérées par des poissons ou crustacés. Que nous mangerons. Certaines de ces microfibres passent ainsi dans notre sang et s’y accumulent.

Une fois en suspension dans les océans,  ces microfibres font des dégâts de trois ordres : physique, chimique et biologique. Ingérées par la microfaune aquatique, elles obstruent leur tube digestif et les tuent. Elles larguent également dans l’eau certaines substances toxiques qui leur avaient été ajoutées (pour rendre le tissu moins inflammable, mieux présentable et désirable à l’achat).

Les côtes en sont recouvertes, puisque chaque marée draine dans ses sédiments un énorme taux de ces microfibres synthétiques, qui ne se décomposeront jamais totalement. Les plages de rêve, les fonds marins mais aussi la glace arctique en renferment des quantités exponentielles.

Nos moutons dans les prés-salés de la Manche

Encore une découverte environnementale anxiogène et culpabilisante, que peut-on faire ?

Acheter moins de fringues médiocres ! Et surtout avec des proportions plus importantes de fibres naturelles.

Ce n’est pas facile vu les chiffres de pollution inhérents à la culture du coton (gourmand en eau et insecticide et breveté par Monsanto, il est loin d’être blanc, lui aussi !). Quant à s’habiller en lin brut et chanvre bio, le total look risque d’être mal compris quand on ne vit pas dans une secte ou dans une communauté de permaculture !

La laine est évidemment une piste sûre. Il faut cependant qu’elle soit européenne afin de s’appuyer sur un itinéraire technique cohérent :

  • bilan carbone (pour éviter du transport sur des milliers de kilomètres en supercargo),
  • bilan humain (droit du travail et des enfants),
  • bien-être animal  (pratiques d’élevage et règlementation dans les zones de production intensive)
  • bilan environnemental (lavage et décapage des toisons brutes sans retraitement des eaux en Asie)
  • bilan paysager et patrimonial grâce aux races locales adaptées à leur terroir. Leur toison sera plus résistante et qualitative.

La laine locale regroupe les qualités essentielles que l’on attend d’un textile : elle est renouvelable, durable, biodégradable et non inflammable. Elle ne retient pas les odeurs et nécessite peu d’entretien. A Laines à l’Ouest, nous entretenons nos pulls et bonnets en les dépoussiérant comme un tapis et en les aérant, pendus dans un courant d’air !

La laine est un matériau multi malléable qui se prête à de nombreuses utilisations (selon la saison ou l’esthétique attendue) : feutre, fil, bouillie, tissée, rembourrée, etc. On peut la marier avec d’autres fibres, la détricoter pour la réutiliser, et la mettre sur son tas de compost quand on n’en veut plus !

La collection de chaussettes finlandaises trouées de Pauline Sauveur (photo Pauline Sauveur)

Cultiver son libre-arbitre : la seule valeur sûre !

Acheter du vrai « Made in France » (et non juste « assemblé en France » comme c’est souvent le cas) est une des clés pour se rapprocher de bonnes pratiques. N’est-ce pas valable en toutes choses, dans nos choix alimentaire, habitat ou cosmétique ?

Comme dans tout acte d’achat, s’habiller nécessite un cheminement global sur notre place de consommateur. Réfléchir à l’amont (le sourcing, le mode de production et de distribution) et l’aval de nos objets (leur durée de vie et leur destinée après notre utilisation) est désormais incontournable.

L’occasion riche et constructive de parer nos objets d’une dimension plus humaniste, plus décroissante, sanitairement et environnementalement plus cohérente ?

Sauvez les baleines, portez de la laine !

Le délicieux gilet « sortie de bain » de Marilyn Monroe (photo Georges Barris)


Ce texte s’appuie sur l’étude « Microplastic pollution from textiles : a litterature review » (Consumption Research Norway SIFO 2018) et sur le bulletin ATELIER Laines d’Europe n°27


Share Button