Tricoter, c’est militer

Votre humble ouvrage, ces quelques mailles destinées à devenir un bonnet, sont un acte militant. Une forme de Résistance contemporaine.

Par le fil que vous aurez choisi bien sûr. Car la palette de choix est infinie. Le pire est hélas le plus répandu, notamment à cause de ce déplorable manque de vocabulaire qui désigne comme laine tout fil à tricoter, même le plus médiocre qui ne comporte pas la moindre fibre naturelle.

Acheter de l’acrylique, c’est tricoter du pétrole

Dans une grande enseigne discount bleue et blanche, la pelote est certes vendue à un prix insignifiant mais c’est néanmoins de l’argent que vous donnez à une entreprise de distribution étrangère, diverses taxes (TVA, droit de douane,…), du transport routier et des manutentionnaires précaires, une usine en Asie qui ne respecte pas les droits fondamentaux humains, et l’industrie de la pétrochimie à travers une société d’exploitation pétrolière.

Malgré notre soin à le tricoter, le bonnet ainsi réalisé ne porte-t-il pas le poids de son incohérence ? Correspond-il aux valeurs de l’être aimé à qui on va l’offrir ?

Les Baby Alpaga, Mérinos d’Australie ou Mohair sonnent moins abominables, mais leur prix plus élevé ne doit pas nous absoudre de nous interroger sur leur provenance et leur bilan humain comme écologique. Lire les étiquettes et comprendre les choix techniques de la marque est du même ressort que s’intéresser à ce qu’on mange, et refuser que l’industrie agro-alimentaire nous glisse des OGM partout.

Lycra, Acrylique ou Polyamide contribuent-t-ils à pérenniser les paysages que vous aimez, à nourrir une certaine douceur de vivre régionale, à soutenir le type d’agriculture que vous espérez pour l’avenir ?

L’autre dimension essentielle est la magie que vous avez entre vos doigts, ce savoir-faire – rare et précieux – de réaliser vous-même le vêtement que vous porterez. Il sera unique, peut-être doté de défauts charmants, et n’appartiendra qu’à vous. En le conceptualisant puis en le fabriquant, vous vous affirmez contre la standardisation de la mode et des esprits. Vous échappez aux griffes de la grande distribution et sa confection uniformisée. Votre garde-robe n’est plus interchangeable : elle est imprégnée de votre vie, vos goûts et vos influences. Elle vous raconte.

Tricoter un bonnet est un manifeste d’autonomie. Un étendard anti-mondialisation. Et choisir du fil naturel, c’est soutenir la matière première dont on souhaite (ou pas) qu’elle remplisse la sphère intime de notre armoire et soit en contact avec notre peau.

Tricoter ou coudre, c’est reconquérir un petit bastion de liberté.

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