« Elle gratte, votre laine ? »

Participer à des manifestations nous permet de rencontrer un public curieux de son territoire, et d’échanger de manière constructive. Mais nous y sommes aussi confrontées à des visiteurs qui déplorent que « la laine ça gratte ».

C’est agaçant pour plusieurs raisons :

  • Ça plombe l’ambiance sur notre stand. D’autant qu’ils aiment bien prendre à parti d’autres visiteurs du genre « Vous, ça ne vous démange pas ?! Moi, je m’arrache la peau, c’est épouvantable ! »
  • Il nous semble discourtois de monopoliser un artisan pour lui dire qu’on n’aime pas son travail (ce public entre-t-il dans une BioCoop pour réclamer du Coca et se plaindre qu’il n’aime pas le kéfir ?)
  • Nous décelons désormais à l’avance la dame qui s’approche pour nous dire que notre laine va la gratter, avant même de l’avoir touchée. Elle a décidé que ça la gratterai, veut s’en assurer et nous le confirmer !
  • Notre perception est conditionnée par les fibres synthétiques. Quand on n’a porté que de l’acrylique, du polyamide ou du lycra sous l’appellation « pull en laine », la véritable pure laine vierge est une découverte sensitive. Idem quand on n’a connu que la noblesse du cachemire ou de l’alpaga. En terme de confort immédiat, la laine dite « de pays » sortira évidemment perdante de la comparaison.

CECI N’EST PAS UN « PULL EN LAINE »

CECI EST DE LA VÉRITABLE LAINE

Il faut être cohérent : on ne peut pas attendre d’un produit éthique et naturel qu’il arbore la douceur d’une fibre luxueuse et rare, tout en étant vendu au prix d’une matière synthétique issue de la fast fashion jetable.

A ceux-là, nous aimerions décrire notre réseau d’éleveurs, la diversité des races françaises, expliquer pourquoi le fil est résistant et imperméable, présenter son itinéraire technique français,…  mais il n’est pas toujours facile de communiquer quand l’interlocuteur campe sur sa certitude que toutes les laines grattent et piquent.

Pour finir, démontons un mythe : l’allergie à la laine n’existe pas.

Si certains textiles sont perçus comme irritants, c’est sans mécanisme allergique. L’action de se gratter ou se frotter la peau déclenchera rougeur ou dermatite, mais la laine n’en est pas chimiquement la cause. Le degré de sensibilité de la peau, ou son intolérance à certaines matières, est une « allergie de contact » et découle d’une immunité globalement affaiblie. Modifier son hygiène de vie et sa capacité à éliminer les toxines rend la peau plus tolérante à ces allergènes qui n’en sont pas.

Une étude atteste au contraire que la laine est une alliée dans la lutte contre les allergies. Notamment car étant une matière vivante, elle ne contient pas d’acariens ni de moisissures, qui sont susceptibles de provoquer des allergies, eux.

Source : étude « Laine et allergie » faite par le Professeur Pascal DEMOLY, allergologue dans le service des maladies respiratoires à l’Hôpital Arnaud de Villeneuve et chercheur à l’INSERM de Montpellier.

Mais alors, que dire aux gens qui demandent d’un ton accusateur : « Elle gratte votre laine ? »

Nous avons opté pour leur répondre : Oui, si vous êtes convaincu qu’elle vous grattera ! en espérant que cela fera fuir les plus braqués. Nous pourrons alors expliquer sereinement aux autres visiteurs combien notre laine est vivante, reliée à un paysage, comment la brebis a façonné sa toison en l’adaptant  au climat, et comment l’énergie du troupeau vous accompagne alors intimement.

Nous pourrons surtout expliquer que cette matière première délaissée nécessite un temps de réadaptation. Cela peut prendre une heure ou une journée, mais la peau réapprend la symbiose avec cette matière respirante. Contrairement aux textiles synthétiques, que l’on supporte alors de moins en moins pour leur sensation d’asphyxie, de transpiration odorante et de matière première pétrochimique…

Ces échanges-là sont passionnants et nous ne nous en lasserons jamais. Merci à vous pour votre curiosité éclairée envers votre territoire et votre soutien !

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