Le pull Aran

Le pull hareng ?

Les îles d’Aran sont un archipel irlandais. Comme partout là-bas, on y élève des moutons. Et comme on pêche aussi traditionnellement, logique d’utiliser la laine des uns pour protéger les pêcheurs.
Chaque famille était dépositaire de son propre motif géométrique, dans le macabre objectif d’identifier les corps en cas d’accident en mer.

Si les célèbres torsades (cable knit en VO) représentent les cordages marins, les autres motifs ont également une symbolique : le nid d’abeille évoque le travail laborieux, les losanges les mailles des filets de pêche, le point de riz la mousse des rivages, le treillis les parcelles de terre séparées par des murets en pierre, etc.

Détail non négligeable : la laine était filée brute (non lavée) afin que le suint imperméabilise le pull de la pluie, crachin et vagues. L’ouvrage était donc gras, odorant et sans noblesse !

En off, certains historiens soulignent que ce savoir-faire n’est ni local ni séculaire… Au XIXème siècle, la pêche n’était pas fulgurante dans le secteur, et le gouvernement incite de nombreux pêcheurs Ecossais à s’y installer. Ils amènent leur technicité marine, mais aussi leurs épouses, tricoteuses émérites qui font découvrir aux Irlandaises les torsades. Enthousiastes, ces dernières développent alors de nombreuses variations de motifs (70 différents)

Le pull Art en… scène !

Cette tendance resta bien locale et discrète jusqu’Après-Guerre. Quatre musiciens irlandais essayent de percer à New-York : les frères Clancy. Leurs influences sont traditionnelles et folk, mais leur succès pas très rapide… Leur mère, restée au pays et effrayée par la rigueur du froid new-yorkais, leur tricote des pulls.

Si les motifs sont inspirés des îles d’Aran, la laine utilisée est immaculée et inodore, beaucoup plus show business compatible. Les frangins exhibent gentiment leurs pulls dans les clubs underground, jusqu’à leur passage dans une émission télévisée de grande écoute, le Ed Sullivan Show. C’est la gloire enfin, pour leur musique et pour leur pull !

C’est alors la ruée vers ce gros pull, synonyme d’authenticité dans le monde pailleté et Technicolor d’Hollywood !

Marilyn en tête (= capacité de rendre outrageusement sexy tout ce qu’elle porte), suivie de Grace Kelly (pour lui conférer élégance classique), puis Steve et Elvis pour la virilité, et Jean Seberg pour la touche mutine façon Je l’ai piqué à mon mec.

Avec de tels ambassadeurs, c’est la consécration : le pull Aran coche toutes les cases de la désirabilité ! A tel point qu’il est désormais célébré par les plus hautes maisons de couture.

Le paradoxe de la montée en gamme est hélas la contrefaçon. Les faux pulls d’Aran se multiplient dans les chaînes de fast-fashion, pour des prix dérisoires, en acrylique et dans des couleurs factices qui auraient épouvanté les irlandaises autant que les écossaises ! Ou le drame d’une fringue jetable qui s’approprie les codes d’un vêtement artisanal et utilitaire.

Nous défendons évidemment l’esprit d’origine du pull d’Aran : un vêtement pour travailleurs réalisé avec une matière première locale solide et rustique ! Nous proposons une épaisseur « Aran » en couleur écru naturelle uniquement (n°5)

Le principe de le tricoter en laine lavée plutôt qu’en suint nous semble défendable dans la société contemporaine (que les pêcheurs nous pardonnent cette infidélité à leur coutume !). Pour autant, nous rappelons qu’une fibre de laine naturelle et de qualité, qui n’a été ni décapée, ni acidifiée, ni chlorée possède des propriétés antipoussière et antiodeur. Elle ne nécessite pas d’être lavée souvent.

Et tel un diamant, éternel et indémodable, vu qu’on ne se fera pas enterrer avec, notre pull d’Aran est transmissible à la génération suivante !

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