La couleur en mode mineur

Aimer la laine, c’est s’intéresser aux dizaines de races de moutons qui parsèment le territoire français. Adaptées à une géographique et une climatologie, elles ont chacune développé la toison précise dont elles ont besoin pour se protéger.

Leurs mèches peuvent être longue ou courte, ouverte ou fermée, raide ou crimpy, jarreuse ou soyeuse, blanche immaculée ou écru.

Ou beige. Ou grise. Ou grège.

Rouge du Roussillon et Tarasconnaise par « Laines Paysannes »,puis Bizet, Manech et Lande de Bretagne.

Ou chocolat. Ou anthracite. Ou taupe. Ou burel. Ou ébène.

Assemblage de prés-salés clair, Basco-Béarnaise, prés-salés foncé, Noire du Velay

Le camaïeu chromatique est tellement vaste qu’il constitue un véritable nuancier naturel, à rebours du cliché du mouton blanc standardisé. Quelle richesse !

Nous aimons beaucoup le travail d’Ozetta, créatrice en Oklahoma. Son obsession est de pousser au maximum le curseur de la créativité avec les couleurs naturelles. Et elle nous prouve qu’on peut aller très loin sans que le résultat soit fade ni morne.

Pour autant, nos clientes nous demandent de la couleur. Être professionnelles ne peut pas consister à produire uniquement ce qui correspond à notre goût. Mais notre démarche relève d’un engagement plus profond que « vendre des pelotes » donc nous devons développer une philosophie couleur cohérente avec nos valeurs.

Nous pourrions difficilement défendre un arc-en-ciel de tonalités factices ! Ce que nous aimons dans la couleur, c’est sa capacité à souligner les nuances brutes. Une touche peut suffire : une bordure, une broderie, un dédoublement discret…
Nous l’envisageons non pas comme une utilisation monochrome mais en clin d’œil en duo ou trio. Follement élégant !

Les couleurs choisies doivent également raconter quelque chose. Orange ou violet n’ont pas de cohérence dans notre univers. Notre paysage quotidien est fait de bleu et de vert, dans une infini éventail saisonnier. Ces couleurs là résonnent naturellement avec les troupeaux qu’on collecte, en racontant les plantes que les brebis mangent, ou les paysages littoraux dans lesquelles elles vivent.

Nous adorerions travailler intégralement en pigments végétaux, mais cette technicité ne rend pas possible assez de régularité et de quantité pour tricoter une grande pièce. Nous proposons donc de très petites séries teintes aux pigments végétaux par Besté Bonnard dans le Cotentin. Parallèlement, nous avons créé notre propre nuancier et teignons dans notre atelier avec des pigments écoresponsables, en veillant à une utilisation modérée de l’eau, de l’énergie pour la faire chauffer et du recyclage du bain de rinçage.
Cela nous permet de proposer des couleurs suivies avec des bains numérotés, dans des tonalités qui nous ressemblent !

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Laine normande : le Mouton Cotentin

Juillet 2019 : le Championnat Mondial de la Tonte de Moutons a lieu pour la première fois en France. Nous y représentons les 3 races locales par le prisme de leur laine. Les voici.

Brebis cotentine

Son berceau est le Coutançais, l’historique évêché de Coutances. Au fil du temps, le mot s’est transformé en Coustançais, Costentin et désormais Cotentin. Le Cotentin désigne aujourd’hui la péninsule du Nord du département de la Manche, et n’intègre même plus la ville de Coutances ! La race qui en porte le nom est donc assimilée à cette zone géographique à tord, car elle vient du centre Manche.

Issu du bocage, notre mouton a besoin d’arbres et de haies pour protéger sa peau rose, encline aux coups de soleil et insolations. Son histoire est indéfectiblement liée à celle du cheval, car la race a été développée par les acteurs du monde équestre, férus de concours et de physique spectaculaire. D’où un format mastoc et appétissant.

C’est cette connivence avec le cheval que nous avons choisi de raconter pour mettre en valeur sa toison, immaculée, vaporeuse et bien gonflante, idéale en rembourrage.

Dans une sellette par exemple !

La « sellette » est un des éléments qui compose le harnachement du cheval de travail. Contrairement à une selle, on ne s’assoit pas dessus, mais elle sert à fixer les brancards de l’attelage

Delphine, qui nous l’a offert, l’utilisait jusqu’à récemment à Coutances pour curer le fumier des box… Un accessoire dans son jus, avec une vraie cohérence territoriale !

Nous l’avons amenée à Kat, une des dernières sellière-bourellière traditionnelle, également installée dans le Coutançais.

Outre son inventivité pour les projets personnalisés et sa sensibilité équine, la spécificité de Kat est de pousser le plus loin possible le défi de la réutilisation de matériaux. Elle a décidé de restaurer la sellette uniquement avec de la récup’.

Le cuir bleu provient d’un canapé sauvé de la déchetterie et la housse intérieure (toile bleue claire) de coussins de mobil home. Quant au détail qui tue (la fenêtre permettant de voir la laine de rembourrage), il vient du pare-brise d’une voiture anglaise décapotable !

Nous n’attellerons jamais de chevaux à Coutances avec notre jolie sellette, mais elle a été le prétexte à d’amusants liens sur le territoire.

En savoir plus sur Kat Sellerie

Informations sur le Mouton Cotentin et les deux autres races de la Manche

Découvrir notre verdoyant centre Manche

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Laine normande : le Mouton Avranchin

Brebis avranchines

Son berceau est le sud Manche, autour de la ville d’Avranches et la baie du Mont St-Michel. Les moutons qui pâturent les grèves (ou prés-salés) appartenaient traditionnellement aux religieux du Mont St-Michel, à qui ils fournissent laine (pour se vêtir) et peau (comme support d’écriture, appelé vélin)

En nous penchant sur le travail des moines-copistes, nous avons découvert qu’ils recouvraient leur table en pierre ou en bois avec un textile pour la rendre bien plane. Cette étoffe était en laine et s’appelait une bure. Elle a par la suite donné naissance au mot « bureau » ! Cette anecdote nous a inspiré et nous avons décidé de recréer un pupitre de moine-copiste, en respectant son ambiance monacale.

Technique mise en œuvre

Le tissage a été choisi, bien que la rudimentaire bure ai souvent résulté d’un feutrage grossier avec les brins de laine considérés comme des déchets. La rencontre d’une talentueuse tisserande, Héloïse Valet, nous a donné très envie de collaborer.

Le fil provient de notre travail de collecte et mutualisation d’une dizaine d’éleveurs. Ils s’appellent Jean-Pierre, Séréna, Aurélie, Benoît, Virginie,… et sont tous normands !

Nous avons teint au cidre une partie du fil (celui qui apparait « vieil or ») tandis qu’Héloïse a teint aux tanins de chêne les fils gris-ardoisés qui évoquent cette couleur spécifique du Mouton Avranchin.

Fil nature, puis essai de teinture au cidre vieux (milieu) et au cidre neuf (orangé)

Nous serons présentes au Championnat Mondial de la Tonte pour présenter cette création, ainsi que les deux autres races normandes.

Découvrir le travail d’Héloïse Valet

Clin d’œil au Scriptorial d’Avranches qui nous a accueilli pour nos recherches, et à ML Leblond, céramiste normande, créatrice de l’harmonieux porte-plume en terre brûlée.

Mise en scène dans la gracieuse Abbaye de Lessay, à côté de laquelle se trouve notre atelier

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