Laine normande : le Roussin de la Hague

Brebis et agneau « Roussin de la Hague »

Le berceau du Roussin est la Hague, dans le Nord Est du Cotentin.

Paysage de falaises spectaculaires, le littoral est longé sur des dizaines de kilomètres par l’historique Sentier des Douaniers. S’il est aujourd’hui dédié à la randonnée (GR223), il a servi pendant des siècles à surveiller la contrebande avec les îles anglo-normandes, situées en face.

Évoquer un territoire par une création en laine

Le capital sympathie du contrebandier nous a aussitôt séduites ! Nous avons imaginé un personnage de t’cheu nous parcourir ce sentier dans l’attente du passeur qui embarquerait sa marchandise sur son rafiot – probablement du calva et du tabac.

Issu du monde agricole, notre humble malfrat aura utilisé la laine de ses brebis Roussines pour sécuriser les flacons de calva pendant le transport.
Sa mère était en train de filer au rouet pour rhabiller la famille ? Il embarqua également le fil pour nouer son paquetage.

Techniques utilisées

Le fil a été réalisé sur toison brute juste rincée à l’eau de pluie. Marion a utilisé un rouet ayant appartenu à Chantal, fileuse professionnelle installée à St-Sever (Calvados). Sa fille nous l’a offert après la disparition de sa maman, selon son souhait.

La protection des bouteilles a paradoxalement suivie un traitement plus compliqué : lavée à la main, la toison a ensuite été cardée puis pré-feutrée par Cindy Pavis, feutrière de la Manche, pour aboutir à une nappe poétiquement imparfaite, que nous avons découpé.

Informations et contact :

Mondial de la Tonte
Cindy Pavis, feutrière
Randonner sur le Sentier des Douaniers dans la Hague

Croquis de travail


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« Elle gratte, votre laine ? »

Participer à des manifestations nous permet de rencontrer un public curieux de son territoire, et d’échanger de manière constructive. Mais nous y sommes aussi confrontées à des visiteurs qui déplorent que « la laine ça gratte ».

C’est agaçant pour plusieurs raisons :

  • Ça plombe l’ambiance sur notre stand. D’autant qu’ils aiment bien prendre à parti d’autres visiteurs du genre « Vous, ça ne vous démange pas ?! Moi, je m’arrache la peau, c’est épouvantable ! »
  • Il nous semble discourtois de monopoliser un artisan pour lui dire qu’on n’aime pas son travail (ce public entre-t-il dans une BioCoop pour réclamer du Coca et se plaindre qu’il n’aime pas le kéfir ?)
  • Nous décelons désormais à l’avance la dame qui s’approche pour nous dire que notre laine va la gratter, avant même de l’avoir touchée. Elle a décidé que ça la gratterai, veut s’en assurer et nous le confirmer !
  • Notre perception est conditionnée par les fibres synthétiques. Quand on n’a porté que de l’acrylique, du polyamide ou du lycra sous l’appellation « pull en laine », la véritable pure laine vierge est une découverte sensitive. Idem quand on n’a connu que la noblesse du cachemire ou de l’alpaga. En terme de confort immédiat, la laine dite « de pays » sortira évidemment perdante de la comparaison.

CECI N’EST PAS UN « PULL EN LAINE »

CECI EST DE LA VÉRITABLE LAINE

Il faut être cohérent : on ne peut pas attendre d’un produit éthique et naturel qu’il arbore la douceur d’une fibre luxueuse et rare, tout en étant vendu au prix d’une matière synthétique issue de la fast fashion jetable.

A ceux-là, nous aimerions décrire notre réseau d’éleveurs, la diversité des races françaises, expliquer pourquoi le fil est résistant et imperméable, présenter son itinéraire technique français,…  mais il n’est pas toujours facile de communiquer quand l’interlocuteur campe sur sa certitude que toutes les laines grattent et piquent.

Pour finir, démontons un mythe : l’allergie à la laine n’existe pas.

Si certains textiles sont perçus comme irritants, c’est sans mécanisme allergique. L’action de se gratter ou se frotter la peau déclenchera rougeur ou dermatite, mais la laine n’en est pas chimiquement la cause. Le degré de sensibilité de la peau, ou son intolérance à certaines matières, est une « allergie de contact » et découle d’une immunité globalement affaiblie. Modifier son hygiène de vie et sa capacité à éliminer les toxines rend la peau plus tolérante à ces allergènes qui n’en sont pas.

Une étude atteste au contraire que la laine est une alliée dans la lutte contre les allergies. Notamment car étant une matière vivante, elle ne contient pas d’acariens ni de moisissures, qui sont susceptibles de provoquer des allergies, eux.

Source : étude « Laine et allergie » faite par le Professeur Pascal DEMOLY, allergologue dans le service des maladies respiratoires à l’Hôpital Arnaud de Villeneuve et chercheur à l’INSERM de Montpellier.

Mais alors, que dire aux gens qui demandent d’un ton accusateur : « Elle gratte votre laine ? »

Nous avons opté pour leur répondre : Oui, si vous êtes convaincu qu’elle vous grattera ! en espérant que cela fera fuir les plus braqués. Nous pourrons alors expliquer sereinement aux autres visiteurs combien notre laine est vivante, reliée à un paysage, comment la brebis a façonné sa toison en l’adaptant  au climat, et comment l’énergie du troupeau vous accompagne alors intimement.

Nous pourrons surtout expliquer que cette matière première délaissée nécessite un temps de réadaptation. Cela peut prendre une heure ou une journée, mais la peau réapprend la symbiose avec cette matière respirante. Contrairement aux textiles synthétiques, que l’on supporte alors de moins en moins pour leur sensation d’asphyxie, de transpiration odorante et de matière première pétrochimique…

Ces échanges-là sont passionnants et nous ne nous en lasserons jamais. Merci à vous pour votre curiosité éclairée envers votre territoire et votre soutien !

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Tricoter, c’est militer

Votre humble ouvrage, ces quelques mailles destinées à devenir un bonnet, sont un acte militant. Une forme de Résistance contemporaine.

Par le fil que vous aurez choisi bien sûr. Car la palette de choix est infinie. Le pire est hélas le plus répandu, notamment à cause de ce déplorable manque de vocabulaire qui désigne comme laine tout fil à tricoter, même le plus médiocre qui ne comporte pas la moindre fibre naturelle.

Acheter de l’acrylique, c’est tricoter du pétrole

Dans une grande enseigne discount bleue et blanche, la pelote est certes vendue à un prix insignifiant mais c’est néanmoins de l’argent que vous donnez à une entreprise de distribution étrangère, diverses taxes (TVA, droit de douane,…), du transport routier et des manutentionnaires précaires, une usine en Asie qui ne respecte pas les droits fondamentaux humains, et l’industrie de la pétrochimie à travers une société d’exploitation pétrolière.

Malgré notre soin à le tricoter, le bonnet ainsi réalisé ne porte-t-il pas le poids de son incohérence ? Correspond-il aux valeurs de l’être aimé à qui on va l’offrir ?

Les Baby Alpaga, Mérinos d’Australie ou Mohair sonnent moins abominables, mais leur prix plus élevé ne doit pas nous absoudre de nous interroger sur leur provenance et leur bilan humain comme écologique. Lire les étiquettes et comprendre les choix techniques de la marque est du même ressort que s’intéresser à ce qu’on mange, et refuser que l’industrie agro-alimentaire nous glisse des OGM partout.

Lycra, Acrylique ou Polyamide contribuent-t-ils à pérenniser les paysages que vous aimez, à nourrir une certaine douceur de vivre régionale, à soutenir le type d’agriculture que vous espérez pour l’avenir ?

L’autre dimension essentielle est la magie que vous avez entre vos doigts, ce savoir-faire – rare et précieux – de réaliser vous-même le vêtement que vous porterez. Il sera unique, peut-être doté de défauts charmants, et n’appartiendra qu’à vous. En le conceptualisant puis en le fabriquant, vous vous affirmez contre la standardisation de la mode et des esprits. Vous échappez aux griffes de la grande distribution et sa confection uniformisée. Votre garde-robe n’est plus interchangeable : elle est imprégnée de votre vie, vos goûts et vos influences. Elle vous raconte.

Tricoter un bonnet est un manifeste d’autonomie. Un étendard anti-mondialisation. Et choisir du fil naturel, c’est soutenir la matière première dont on souhaite (ou pas) qu’elle remplisse la sphère intime de notre armoire et soit en contact avec notre peau.

Tricoter ou coudre, c’est reconquérir un petit bastion de liberté.

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