Laine normande : le Mouton Avranchin

Brebis avranchines

Son berceau est le sud Manche, autour de la ville d’Avranches et la baie du Mont St-Michel. Les moutons qui pâturent les grèves (ou prés-salés) appartenaient traditionnellement aux religieux du Mont St-Michel, à qui ils fournissent laine (pour se vêtir) et peau (comme support d’écriture, appelé vélin)

En nous penchant sur le travail des moines-copistes, nous avons découvert qu’ils recouvraient leur table en pierre ou en bois avec un textile pour la rendre bien plane. Cette étoffe était en laine et s’appelait une bure. Elle a par la suite donné naissance au mot « bureau » ! Cette anecdote nous a inspiré et nous avons décidé de recréer un pupitre de moine-copiste, en respectant son ambiance monacale.

Technique mise en œuvre

Le tissage a été choisi, bien que la rudimentaire bure ai souvent résulté d’un feutrage grossier avec les brins de laine considérés comme des déchets. La rencontre d’une talentueuse tisserande, Héloïse Valet, nous a donné très envie de collaborer.

Le fil provient de notre travail de collecte et mutualisation d’une dizaine d’éleveurs. Ils s’appellent Jean-Pierre, Séréna, Aurélie, Benoît, Virginie,… et sont tous normands !

Nous avons teint au cidre une partie du fil (celui qui apparait « vieil or ») tandis qu’Héloïse a teint aux tanins de chêne les fils gris-ardoisés qui évoquent cette couleur spécifique du Mouton Avranchin.

Fil nature, puis essai de teinture au cidre vieux (milieu) et au cidre neuf (orangé)

Nous serons présentes au Championnat Mondial de la Tonte pour présenter cette création, ainsi que les deux autres races normandes.

Découvrir le travail d’Héloïse Valet

Clin d’œil au Scriptorial d’Avranches qui nous a accueilli pour nos recherches, et à ML Leblond, céramiste normande, créatrice de l’harmonieux porte-plume en terre brûlée.

Mise en scène dans la gracieuse Abbaye de Lessay, à côté de laquelle se trouve notre atelier

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Laine normande : le Roussin de la Hague

Brebis et agneau « Roussin de la Hague »

Le berceau du Roussin est la Hague, dans le Nord Est du Cotentin.

Paysage de falaises spectaculaires, le littoral est longé sur des dizaines de kilomètres par l’historique Sentier des Douaniers. S’il est aujourd’hui dédié à la randonnée (GR223), il a servi pendant des siècles à surveiller la contrebande avec les îles anglo-normandes, situées en face.

Évoquer un territoire par une création en laine

Le capital sympathie du contrebandier nous a aussitôt séduites ! Nous avons imaginé un personnage de t’cheu nous parcourir ce sentier dans l’attente du passeur qui embarquerait sa marchandise sur son rafiot – probablement du calva et du tabac.

Issu du monde agricole, notre humble malfrat aura utilisé la laine de ses brebis Roussines pour sécuriser les flacons de calva pendant le transport.
Sa mère était en train de filer au rouet pour rhabiller la famille ? Il embarqua également le fil pour nouer son paquetage.

Techniques utilisées

Le fil a été réalisé sur toison brute juste rincée à l’eau de pluie. Marion a utilisé un rouet ayant appartenu à Chantal, fileuse professionnelle installée à St-Sever (Calvados). Sa fille nous l’a offert après la disparition de sa maman, selon son souhait.

La protection des bouteilles a paradoxalement suivie un traitement plus compliqué : lavée à la main, la toison a ensuite été cardée puis pré-feutrée par Cindy Pavis, feutrière de la Manche, pour aboutir à une nappe poétiquement imparfaite, que nous avons découpé.

Informations et contact :

Mondial de la Tonte
Cindy Pavis, feutrière
Randonner sur le Sentier des Douaniers dans la Hague

Croquis de travail


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« Elle gratte, votre laine ? »

Participer à des manifestations nous permet de rencontrer un public curieux de son territoire, et d’échanger de manière constructive. Mais nous y sommes aussi confrontées à des visiteurs qui déplorent que « la laine ça gratte ».

C’est agaçant pour plusieurs raisons :

  • Ça plombe l’ambiance sur notre stand. D’autant qu’ils aiment bien prendre à parti d’autres visiteurs du genre « Vous, ça ne vous démange pas ?! Moi, je m’arrache la peau, c’est épouvantable ! »
  • Il nous semble discourtois de monopoliser un artisan pour lui dire qu’on n’aime pas son travail (ce public entre-t-il dans une BioCoop pour réclamer du Coca et se plaindre qu’il n’aime pas le kéfir ?)
  • Nous décelons désormais à l’avance la dame qui s’approche pour nous dire que notre laine va la gratter, avant même de l’avoir touchée. Elle a décidé que ça la gratterai, veut s’en assurer et nous le confirmer !
  • Notre perception est conditionnée par les fibres synthétiques. Quand on n’a porté que de l’acrylique, du polyamide ou du lycra sous l’appellation « pull en laine », la véritable pure laine vierge est une découverte sensitive. Idem quand on n’a connu que la noblesse du cachemire ou de l’alpaga. En terme de confort immédiat, la laine dite « de pays » sortira évidemment perdante de la comparaison.

CECI N’EST PAS UN « PULL EN LAINE »

CECI EST DE LA VÉRITABLE LAINE

Il faut être cohérent : on ne peut pas attendre d’un produit éthique et naturel qu’il arbore la douceur d’une fibre luxueuse et rare, tout en étant vendu au prix d’une matière synthétique issue de la fast fashion jetable.

A ceux-là, nous aimerions décrire notre réseau d’éleveurs, la diversité des races françaises, expliquer pourquoi le fil est résistant et imperméable, présenter son itinéraire technique français,…  mais il n’est pas toujours facile de communiquer quand l’interlocuteur campe sur sa certitude que toutes les laines grattent et piquent.

Pour finir, démontons un mythe : l’allergie à la laine n’existe pas.

Si certains textiles sont perçus comme irritants, c’est sans mécanisme allergique. L’action de se gratter ou se frotter la peau déclenchera rougeur ou dermatite, mais la laine n’en est pas chimiquement la cause. Le degré de sensibilité de la peau, ou son intolérance à certaines matières, est une « allergie de contact » et découle d’une immunité globalement affaiblie. Modifier son hygiène de vie et sa capacité à éliminer les toxines rend la peau plus tolérante à ces allergènes qui n’en sont pas.

Une étude atteste au contraire que la laine est une alliée dans la lutte contre les allergies. Notamment car étant une matière vivante, elle ne contient pas d’acariens ni de moisissures, qui sont susceptibles de provoquer des allergies, eux.

Source : étude « Laine et allergie » faite par le Professeur Pascal DEMOLY, allergologue dans le service des maladies respiratoires à l’Hôpital Arnaud de Villeneuve et chercheur à l’INSERM de Montpellier.

Mais alors, que dire aux gens qui demandent d’un ton accusateur : « Elle gratte votre laine ? »

Nous avons opté pour leur répondre : Oui, si vous êtes convaincu qu’elle vous grattera ! en espérant que cela fera fuir les plus braqués. Nous pourrons alors expliquer sereinement aux autres visiteurs combien notre laine est vivante, reliée à un paysage, comment la brebis a façonné sa toison en l’adaptant  au climat, et comment l’énergie du troupeau vous accompagne alors intimement.

Nous pourrons surtout expliquer que cette matière première délaissée nécessite un temps de réadaptation. Cela peut prendre une heure ou une journée, mais la peau réapprend la symbiose avec cette matière respirante. Contrairement aux textiles synthétiques, que l’on supporte alors de moins en moins pour leur sensation d’asphyxie, de transpiration odorante et de matière première pétrochimique…

Ces échanges-là sont passionnants et nous ne nous en lasserons jamais. Merci à vous pour votre curiosité éclairée envers votre territoire et votre soutien !

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